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Réduction des méfaits

Pourquoi faire la réduction des méfaits?

La réduction des méfaits conteste l'idée reçue que l'abstinence est l'objectif invariable du traitement d'une toxicomanie problématique. Cette approche cherche à réduire les méfaits de la toxicomanie chez l'usager et dans la société plutôt que d'exiger l'abstinence comme condition d'un traitement.

Chez Sistering, un centre d'accueil pour femmes au cœur de Toronto, la réduction des méfaits se constate dans de multiples visages et de nombreux témoignages. What is harm reduction? est une vidéo promotionnelle qui examine comment les femmes définissent et justifient le besoin d'un traitement axé sur la réduction des méfaits dans leur centre d'accueil communautaire.

 

Définition

La réduction des méfaits englobe les politiques, les programmes et les pratiques qui cherchent à réduire les méfaits des drogues sans pour autant exiger l'arrêt de la consommation. Cette méthode se fonde sur le principe qu'il est dans l'intérêt de l'individu et de la société de tenter de minimiser les conséquences nocives de la consommation de drogues lorsque le client est incapable ou refuse d'arrêter de consommer.

Au lieu de cesser une activité nocive comme la consommation de drogues, les stratégies de réduction des méfaits proposent une foule d'options pouvant réduire les méfaits possibles de l'activité, tant pour les usagers que pour leurs familles, amis et communautés environnantes.

Une orientation en faveur de la réduction des méfaits présente des choix différents à différentes personnes. En voici quelques exemples :

  • Les programmes de maintien à la méthadone sont basés sur des données probantes indiquant que lorsqu'il semble y avoir un conflit entre les objectifs d'abstinence et de persévérance du traitement, il est habituellement plus avantageux d'accorder la priorité à la persévérance du traitement et à la gestion du sevrage de la substance problématique.
  • Les approches psychopédagogiques portent sur la prestation d'information pratique pour aider les gens à gérer les risques associés à une toxicomanie. Certains des sujets de discussion compris dans une telle approche comprennent les méthodes d'injection à risques réduits et les voies d'administration alternatives; la distribution de seringues; les infections causées par le VIH, l'hépatite B et C, la tuberculose et les maladies transmissibles sexuellement (MTS).

 

Équilibrer les risques

Il arrive souvent que l'on comprenne mal la notion de réduction des méfaits et que l'on ne réalise pas que cette approche aux soins reconnaît le droit à l'autodétermination des clients dans le modèle général de soins de la santé publique.

Même dans les programmes à base d'abstinence, il y a trois raisons irréfutables justifiant l'introduction de stratégies de réduction des méfaits au cours de la phase de stabilisation :

(1) Les clients réussissent rarement à devenir abstinents du jour au lendemain.

(2) Une rechute est un événement courant dans un traitement.

(3) Certaines stratégies de réduction des méfaits ont peu d'effet sur la décision du client de continuer à consommer ou non des opioïdes ou d'autres drogues.

 

Une surdose est le danger immédiat qui guette les clients ayant une dépendance aux opioïdes ou aux substances comme l'héroïne, la morphine et la codéine. Des recherches indiquent que sensibiliser les clients aux surdoses est une intervention appropriée de réduction des méfaits puisqu'on encourage ainsi la responsabilisation et l'autodétermination.

La réduction des méfaits n'est pas synonyme de légalisation des drogues. C'est plutôt une stratégie qui cherche à équilibrer le contrôle et la compassion dans le cadre du respect des droits individuels.

 

Principes de la réduction des méfaits

La réduction des méfaits aide les conseillers à adopter une attitude moins critique lorsqu'ils interviennent auprès de client qui continuent à consommer des drogues ou de l'alcool tout en cherchant à réduire la stigmatisation associée à une toxicomanie. Les éléments suivants figurent parmi les principes directeurs de la réduction des méfaits :

  • Pragmatisme : La réduction des méfaits accepte qu'un certain niveau de consommation de drogues est normal dans la société, bien que cette évaluation varie énormément selon les groupes de drogues et les collectivités.
  • Concentrer sur les méfaits : L'objectif des programmes et des politiques de réduction des méfaits est de réduire les conséquences nocives sans nécessairement exiger une réduction de la consommation, puisqu'un changement dans la façon de consommer une substance peut également en réduire les méfaits.
  • Établir la priorité des objectifs : Cette approche comprend des stratégies pour établir la priorité des objectifs de chaque individu afin de mettre l'accent sur les réductions immédiates et réalistes des méfaits attribuables aux drogues plutôt que sur les résultats que l'on espère obtenir à long terme.
  • La souplesse et la maximisation des options d'intervention : Les initiatives sont souples et concertées afin de tenir compte du caractère unique de chaque individu, et elles s'appuient sur des objectifs itératifs à court terme.
  • Autonomie : La décision de l'usager de consommer des drogues est reconnue en tant que choix personnel dont il est entièrement responsable.
  • Évaluation : Les initiatives doivent réduire les méfaits des drogues. La priorité doit aller aux politiques et aux programmes qui démontrent leur efficacité dans la limite des ressources disponibles.

 

Collaboration

  • La réussite des approches de réduction des méfaits est mesurée à l'aide de la qualité de la santé individuelle et collective, et non pas selon le niveau de consommation de l'alcool et des autres drogues.
  • Une approche systémique souple à la réduction des méfaits suppose une collaboration entre les décideurs des politiques et programmes provinciaux, les membres de la famille, les pairs, les organismes communautaires, les écoles et les fournisseurs de services spirituels.
  • La possibilité d'envisager des initiatives de réduction des méfaits n'est pas nécessairement un sujet de controverse. Beaucoup d'organismes et de groupes se concertent pour intégrer une foule d'initiatives non controversées de réduction des méfaits sur des questions importantes comme l'alcool et le tabac.
  • Beaucoup de ces cadres de réduction des méfaits chevauchent plusieurs paliers de la société, réunissant des particuliers, des groupes et des organismes communautaires ayant un mandat provincial d'établir des mesures visant à reconnaître et à réduire les méfaits de la toxicomanie.

 

Approches connexes

Soins axés sur les clients

Soins sensibles aux besoins des survivants de traumatismes

 

Sommaire des données probantes

 

La définition, les principes et la collaboration proviennent de l'exposé de position CAMH and Harm Reduction: A background Paper on its Meaning and Application for Substance Use Issues, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto 2002.

Le contenu est tiré du cours à l'intention des familles du Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto 2012; et O'Grady, C.P. et W.J.W. Skinner, A Family Guide to Concurrent Disorders, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto 2007.

L'introduction et la section sur l'équilibre des risques sont tirés de Martin, G., B. Brands et D. Marsh, Phases of Treatment: Stabilization, dans Methadone Maintenance: A Counsellor's Guide to Treatment, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto 2003.

Le contenu sur la collaboration est tiré de Ballon, B. Substance Use Problems in Mental Health. An advanced Manual for Primary Care Professionals, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto 2012.

 

 

Asset 2

Réduction des méfaits : Ressources

Ressources en ligne

Drug Text: The Internet's Center for Substance Use Related Risk Reduction
Cet organisme néerlandais sur les politiques antidrogues et les droits de la personne fournit de « l'information sur les drogues accessible de partout au monde ». Une recherche dans les « bibliothèques » de son site donne accès à des douzaines de références en ligne sur la méthadone, y compris un manuel britannique sur la méthadone à l'intention des clients.

Harm Reduction International est un des principaux organismes non gouvernementaux qui cherchent à promouvoir et à soutenir la réduction des méfaits et à réduire les effets négatifs sur la santé, la société et les droits de la personne de la consommation de drogues et des politiques antidrogues.

Le Canadian Harm Reduction Network est un lieu de rencontre virtuel pour les particuliers et les organismes qui cherchent à réduire les méfaits sociaux, de santé et économiques associés aux drogues et aux politiques antidrogues.

 

Le Programme ontarien de distribution des ressources pour la réduction des méfaits (PODRRM) propose des fournitures de réduction des méfaits, des documents éducatifs, la traduction des connaissances et des possibilités d'échange aux programmes d'échange de seringues en Ontario.

 

Lectures conseillées

Trauma and recovery amongst people who have injected drugs within the past five years: Full Report

Les services antidrogues en Écosse doivent être plus conscients des traumatismes et concentrer moins sur les drogues et davantage sur les traumatismes sous-jacents et les difficultés de vie, selon ce rapport d'une importante étude du Scottish Drugs Forum, l'œuvre de bienfaisance nationale de politiques et d'information sur les drogues.

 

Rien à notre sujet sans nous

Ce livret publié par le Réseau juridique résume les principales questions abordées dans le rapport sur l'implication accrue des personnes qui utilisent des drogues illégales. En particulier, il examine pourquoi il est impératif que ces usagers soient impliqués de manière significative dans la réaction du Canada au VIH/sida, à l'hépatite C et à l'injection de drogue; il explique aussi les avantages de leur plus grande implication. Il contient également un manifeste rédigé par des usagers de drogues et décrit les réalisations de deux organismes d'usagers – le Vancouver Area Network of Drug Users et le Thai Drug Users' Network.

 

Pour vos clients et leurs familles

Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client propose de l'information sur la durée des programmes de traitement, les effets indésirables, les autres drogues, le counseling, la grossesse, les voyages, le sevrage et la fin du traitement.

Le répertoire des services de traitement pour l'alcool et la drogue de ConnexOntario fournit de l'information sur le traitement des problèmes d'alcool et de drogue. Appelez le numéro sans frais 24 heures sur 24 pour obtenir les coordonnées des services et soutiens disponibles dans votre collectivité. Appelez ConnexOntario au 1-800-565-8603 ou visitez www.connexontario.ca/ pour plus d'information.

 

Le Registre de la méthadone est la liste de tous les médecins autorisés à prescrire de la méthadone en Ontario. Appelez-le pour trouver un médecin qui offre ce traitement dans votre région. Registre de la méthadone, Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario au 416-967-2600, poste 661, ou par courriel au methadoneinfo@cpso.on.ca .

Formation

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) offre ce tutoriel autodidacte pour vous introduire à la réduction des méfaits dans un contexte de toxicomanie et de santé mentale. Ce cours a été conçu à l'intention des personnes qui occupent des rôles non cliniques dans les domaines de toxicomanie et de santé mentale, ou qui ont des amis ou des membres de la famille qui ont des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie.

 

Le Life Recovery Program propose un programme de psychopédagogie sensible aux besoins des survivants de traumatismes pour le rétablissement de la santé mentale et en cas de toxicomanie. Que l'on soit la personne aux prises avec une toxicomanie, un ami ou un membre de la famille, ce programme vidéo sur demande renferme des outils utiles qui peuvent faire partie d'un traitement thérapeutique ou servir de première étape d'un rétablissement.

 

L'Université York propose un certificat sur la réduction des méfaits en ligne comprenant 117 heures d'enseignement visant à présenter les principes, les concepts et les pratiques de réduction des méfaits aux fournisseurs de services, administrateurs et décideurs afin de leur donner l'occasion de jeter un regard critique sur des exemples d'interventions de réduction des méfaits.

 

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Réduction des méfaits : Mise en œuvre

 

De mon point de vue

 

Je m'appelle Walter Cavalieri. Je suis venu à la réduction des méfaits par le travail social. J'ai découvert en faisant du travail social – du moins c'est ce que j'ai fini par comprendre, surtout grâce à mes lectures sur le travail social structurel – que je « faisais » en réalité de la réduction de méfaits sans l'appeler ainsi. Mon travail a été façonné par ma décision de placer le client dans une position de direction dans la dynamique de l'intervention, de le situer dans un contexte social, de prendre au sérieux les exhortations des militants et des éthiciens des drogues et du VIH/sida de Rien à notre sujet sans nous, et de recourir à une approche multisystème pour attaquer les problèmes.

 

Mettre en œuvre la réduction des méfaits sur le plan des politiques ainsi qu'au niveau des organismes/institutions et personnel/individuel semble simple en principe, mais la réalité ne l'est aucunement. C'est tout un défi de composer avec l'ignorance, la peur et la stigmatisation qui entourent les drogues et les usagers. Mais ce défi, nous pouvons et nous devons le relever si nous voulons assurer l'équité en matière de santé individuelle et de santé publique et de droits de la personne. De plus, ce défi ne peut être relevé qu'en luttant contre les obstacles à tous les niveaux ainsi qu'en concertant la défense des intérêts personnels, communautaires et organisationnels à la défense des usagers de drogues.

 

Voici quelques réflexions sur les façons d'y arriver :

 

Bien que le gouvernement canadien ne soutienne pas la réduction de méfaits et qu'il l'ait retirée de sa politique antidrogues peu de temps après son arrivée au pouvoir, le soutien de la réduction des méfaits est souvent assuré par les gouvernements provinciaux et municipaux qui ont pu l'incorporer à leurs stratégies antidrogues ou l'encadrer dans leurs politiques de santé publique. Les organismes et les particuliers doivent militer en faveur d'une évolution des politiques pour contrer les lacunes dans le soutien de la réduction des méfaits et la stigmatisation mortelle des usagers de drogues illicites.

 

La réduction des méfaits est une approche de santé publique qui soutient des objectifs individuels et collectifs. Sensible, intuitive et fondée sur des données probantes, elle place les déterminants sociaux de la santé au-dessus de la réalisation de l'abstinence. Tout le personnel ds organismes qui ont des programmes de réduction des méfaits doit être sensibilisé à ce qu'est (et à ce que n'est pas) la réduction des méfaits ainsi qu'à ses nombreux succès manifestes. Il est essentiel que tous souscrivent à cette approche aux soins qui on pourra être intégrée aux autres programmes au fil des années.

 

Tous les organismes qui interviennent auprès des personnes marginalisées doivent se doter de programmes de réduction des méfaits comprenant des éléments comme les services d'approche dans la rue, la provision de fournitures sécuritaires pour les injections et la consommation de crack, le maintien à la méthadone, la prévention des surdoses / distribution de Narcan, les groupes d'usagers, etc. Les programmes qui réussissent comportent une participation robuste des pairs, l'idéal étant les initiatives dirigées par des pairs.

 

Les gens qui travaillent dans des programmes de réduction des méfaits doivent être bienveillants, libres de tout jugement et respectueux. Ils doivent faire preuve d'ouverture d'esprit et être axés sur les clients/personnes, en plus d'être de bons défenseurs des intérêts. Ils doivent être des militants de la justice sociale et œuvrer dans le sens d'une réduction des méfaits.

 

À tous les niveaux des interventions, de la planification à l'intervention, il faut entendre haut et fort la voix des gens qui ont l'expérience de la consommation de drogues.

 

 

Walter Cavalieri est titulaire de diplômes supérieurs en communication et en travail social.

 


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