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Évaluation des problèmes liés à la consommation d'alcool dans le cadre des soins primaires

Catégorisation de la consommation d'alcool

La consommation d'alcool peut être catégorisée comme suit :

  • consommation à faible risque

  • consommation à risque

  • troubles de l'usage de l'alcool de sévérité légère, moyenne ou grave

Consommation à faible risque

Une consommation modérée d'alcool réduit le taux de mortalité cardiovasculaire en augmentant le taux de lipides cardioprotecteurs et en inhibant l'agrégation plaquettaire. Pour obtenir cette protection, il suffit généralement de consommer moins d'un verre par jour. De fait, la consommation de plus de deux verres par jour chez les femmes et de plus de trois verres par jour chez les hommes accroît la mortalité et la morbidité.

Pour visualiser une image infographique créée par le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies pour illustrer la relation entre les maladies chroniques et la consommation d'alcool, cliquez ici.

Il est recommandé aux femmes de boire moins que les hommes, car à consommation égale, elles présentent une alcoolémie plus élevée et les effets sur leur santé sont plus importants (Stokkeland et coll., 2008).

Les Directives de consommation d'alcool à faible risque du Canada (Centre canadien de lutte contre les toxicomanies, 2015) définissent la consommation à faible risque comme suit :

  • consommation hebdomadaire de 15 verres standard tout au plus pour les hommes, avec un maximum de 3 verres par jour la plupart des jours de la semaine ;
  • consommation hebdomadaire de 10 verres standard tout au plus pour les femmes, avec un maximum de 2 verres par jour la plupart des jours de la semaine ;
  • Consommation en une même journée n'excédant pas 4 verres standard pour les hommes et 3 verres standard pour les femmes.

Une sobriété totale est recommandée :

  • aux femmes enceintes ;
  • aux personnes qui prennent des médicaments susceptibles d'avoir des interactions dangereuses avec l'alcool ;
  • aux personnes dont l'état pathologique peut être aggravé par l'alcool (p. ex., trouble épileptique, cirrhose, ulcère actif) ;
  • aux personnes ayant des antécédents de trouble de l'usage de l'alcool.

Consommation à risque

Il s'agit d'une consommation excédant les directives de consommation d'alcool à faible risque sans toutefois répondre aux critères diagnostiques de trouble de l'usage de l'alcool. Ce type de consommation accroît le risque de connaître des troubles de santé, des troubles psychologiques et des problèmes sociaux.

Trouble de l'usage de l'alcool

Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5, American Psychiatric Association, 2013) définit le trouble de l'usage de l'alcool comme un « mode d'usage problématique de l'alcool conduisant à une altération du fonctionnement ou une souffrance cliniquement significative ».

Le diagnostic de trouble de l'usage de l'alcool du DSM-5 remplace les diagnostics d'abus d'alcool et de dépendance à l'alcool du DSM-IV. Une fiche signalétique comparant le DSM-IV et le DSM-5 a été créée par l'Institut national américain pour la lutte contre l'abus d'alcool et l'alcoolisme (NIAAA) pour expliquer les autres changements intervenus dans le diagnostic des troubles induits par l'alcool.

Différence entre la consommation à risque et le trouble de l'usage de l'alcool

Comme indiqué ci-dessus, la consommation à risque est une consommation excédant les directives de consommation d'alcool à faible risque.

Le trouble de l'usage de l'alcool est caractérisé par « une altération du fonctionnement ou une souffrance cliniquement significative ». Il peut être léger, moyen ou grave.

Tableau comparatif des indicateurs de la consommation à risque et du trouble de l'usage de l'alcool

Indicateurs

Consommation à risque

Trouble de l'usage de l'alcool

 

 

léger

moyen ou grave

Symptômes de sevrage

aucun

aucun

presque toujours présents

Tolérance

légère

légère

marquée

Consommation hebdomadaire

excédant les directives de consommation d'alcool à faible risque

excès occasionnels

40 verres ou plus

Consommation quotidienne inférieure à 4 verres

souvent

parfois

rarement

Conséquences sociales

inexistantes ou sans gravité (p. ex., disputes conjugales occasionnelles, fatigue au travail)

souvent graves (p. ex., démêlés avec la justice, perte d'emploi)

souvent graves

Conséquences physiques

inexistantes ou sans gravité (p. ex., hypertension, insomnies, accumulation de graisse dans les cellules hépatiques, hypertriglycéridémie)

blessures et violence

souvent graves (p. ex., cirrhose, pancréatite)

Stabilité sociale

généralement présente

généralement présente

généralement absente

Négligence des responsabilités majeures

non

lors d'excès occasionnels

oui

Outils d'évaluation

Le Questionnaire de dépistage des troubles induits par l'alcool (AUDIT) est un questionnaire très utile de 10 questions que les patients peuvent remplir dans la salle d'attente ou durant un entretien en face à face. Conçu au départ comme instrument de dépistage, ce questionnaire peut être utilisé pour recueillir des informations supplémentaires sur la consommation d'alcool.

Les questions de l'AUDIT portent sur la quantité d'Alcool consommée et sur les conséquences négatives des habitudes de boisson. Le décompte des points obtenus à chaque question permet de distinguer la consommation à risque du trouble de l'usage de l'alcool.

Un score de 8 ou plus indique des habitudes de consommation malsaines. Notons que selon des recherches récentes, le score-seuil serait plus bas pour les femmes (Johnson et coll., 2013; Levola et Aalto, 2015; Neuman et coll., 2004). Un score supérieur à 15 indique un trouble plus grave.

Score

Catégorie

Intervention

< 6 pour les femmes ou < 8 pour les hommes

Consommation à faible risque

Passez en revue les directives de consommation d'alcool à faible risque et recommandez de saines habitudes de consommation

de 6 à 15 pour les femmes

ou

de 8 à 15 pour les hommes

Consommation à risque ou trouble de l'usage de l'alcool léger

Brève intervention

> 15 pour les hommes et les femmes

Trouble de l'usage de l'alcool moyen ou grave

Counseling continu

Pharmacothérapie

Orientation vers d'autres ressources de lutte contre l'addiction à l'alcool

On peut se servir du Formulaire d'évaluation de la consommation d'alcool [link to doc in "documents and media"] pour déterminer les antécédents de consommation d'alcool et pour recueillir d'autres renseignements essentiels, notamment en ce qui concerne la consommation de drogues et la conduite en état d'ivresse. On peut également employer le formulaire pour consigner les résultats des examens médicaux et des tests de laboratoire.

Interventions appropriées aux divers niveaux de consommation d'alcool

La plupart des gens qui boivent de l'alcool en font une consommation soit à faible risque, soit à risque. Cependant, 21 % des personnes qui consomment de l'alcool excèdent les directives en faisant une consommation d'alcool excessive et chronique et 15 % les excèdent en faisant une consommation d'alcool hautement nocive (Statistique Canada, 2013). Et environ 2,5 % des consommateurs d'alcool ont un trouble de l'usage de l'alcool moyen ou grave.

L'intervention doit correspondre à la catégorie de consommation.

Catégorie de consommation

Intervention appropriée

Consommation à faible risque

Simple intervention de prévention

Consommation à risque ou trouble de l'usage de l'alcool léger

Brève intervention

Trouble de l'usage de l'alcool moyen ou grave

Counseling continu, pharmacothérapie, orientation vers d'autres ressources de lutte contre l'addiction à l'alcool

 

Le dépistage et les interventions brèves effectuées par les prestataires de soins primaires sont très efficaces pour réduire la consommation d'alcool chez les patients qui en font une consommation à risque et chez ceux qui présentent un trouble de l'usage de l'alcool léger (Bertholet et coll., 2005).

En revanche, les patients qui présentent un trouble de l'usage de l'alcool plus grave ont besoin d'interventions plus énergiques : counseling continu, pharmacothérapie (naltrexone et acamprosate) et orientation vers d'autres types de traitement. Ces patients répondent aussi bien au traitement en établissement de soins primaires qu'en établissement de soins spécialisés (Miller et coll., 2011; O'Malley et coll., 2003).