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Consommation d’alcool durant la grossesse

Informations importantes à communiquer aux femmes sur la consommation d'alcool durant la grossesse

Voici ce que devraient dire les prestataires de soins primaires aux femmes qui sont enceintes ou qui envisagent une grossesse :

  • L'alcool est un tératogène connu et les faits montrent que la consommation d'alcool durant la grossesse a des effets néfastes sur l'enfant à naître.
  • Durant la grossesse, il n'y a pas de seuil de consommation d'alcool sécuritaire, ni de période où la consommation d'alcool serait sans danger.
  • La meilleure chose à faire : s'abstenir totalement d'alcool durant la grossesse et l'allaitement.

Effets d'une consommation d'alcool faible ou modérée durant la grossesse

Durant la grossesse, la consommation d'alcool faible ou modérée est définie comme une consommation d'un maximum de deux verres standard par jour (Carson et coll., 2010).

Une consommation d'alcool faible ou modérée durant la grossesse :

  • est associée à un risque accru de fausse couche et de mortinalité, ce dernier effet apparaissant dans certaines études et pas d'autres (Andersen et coll., 2014 ; Henderson et coll., 2007 ; Makarechian et coll., 1998)
  • est associée à des effets à long terme pour l'enfant à naître, dont des effets sur le développement comportemental (p. ex., impulsivité et agressivité et difficultés d'ordre social), ainsi que des perturbations de la régulation du comportement (Flak et coll., 2014 ; Institut national suédois de santé publique, 2009 ; Testa et coll., 2003)
  • pourrait être associée à des troubles du développement cognitif ; aucunes observations systématiques n'ont été faites quant à des effets sur la cognition, les aptitudes langagières, ni sur le développement visuel ou moteur (Flak et coll., 2014) ;
  • n'est pas associée à des malformations fœtales, des naissances prématurées ou des troubles de la croissance (Henderson et coll., 2007 ; Makarechian, 1998 ; Polygenis et coll., 1998).

Rassurez les femmes qui ont fait une faible consommation d'alcool au début de leur grossesse (c.-à-d., avant de découvrir qu'elles étaient enceintes) en leur disant qu'il n'y a pas de preuves suffisantes pour envisager de mettre un terme à la grossesse.

Risques de la consommation excessive d'alcool ou des beuveries durant la grossesse

Durant la grossesse, la consommation excessive d'alcool est définie comme une consommation supérieure à deux verres standard par jour et la consommation de quatre verres ou plus en une seule fois constitue une beuverie.

La consommation excessive d'alcool et les beuveries durant la grossesse sont constamment associées à des troubles de la cognition et du développement chez l'enfant à naître (Flak et coll., 2014).

De telles habitudes de consommation durant la grossesse entraînent une prévalence élevée de l'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (Chudley et coll., 2005). Cependant, des études plus récentes montrent que même la consommation de quantités d'alcool moindres peut avoir des répercussions négatives pour l'enfant à naître.

Ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale

L'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (ETCAF) n'est pas un diagnostic médical, mais une locution générique qui recouvre une gamme de répercussions physiques, mentales et comportementales, et de troubles de l'apprentissage, dont le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) et les anomalies congénitales liées à l'alcool (ACLA).

Les troubles causés par l'alcoolisation fœtale (TCAF) affectent environ un enfant sur 100 et de 30 à 40 % des enfants dont les mères ont fait une consommation importante d'alcool durant la grossesse.

Les TCAF entraînent des déficiences primaires (p. ex., déficiences langagières particulières, manque de contrôle des impulsions, troubles de l'attention ou du jugement), qui peuvent se compliquer en déficiences secondaires (p. ex., troubles mentaux et démêlés avec la justice).

Syndrome d'alcoolisation fœtale

Le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) est un diagnostic caractérisé par des anomalies faciales, un retard de croissance et des anomalies de développement du système nerveux central.

Le SAF affecte de 1 à 3 enfants sur 1 000 et de 4 à 5 % des enfants dont les mères ont fait une consommation importante d'alcool durant la grossesse.

Anomalies congénitales liées à l'alcool

Au nombre des anomalies congénitales liées à l'alcool (ACLA) figurent les anomalies cardiaques, squelettiques, rénales, oculaires et auditives.

Au nombre des troubles neuro-développementaux liés à l'alcool (TNDLA) figurent :

  • des anomalies neurodéveloppementales (p. ex., anomalies structurelles cérébrales) ;
  • des déficiences de la motricité fine, une mauvaise coordination œil-main et d'autres troubles neurologiques ;
  • des anomalies du comportement et de la cognition (p. ex., difficultés d'apprentissage, manque de contrôle des impulsions, troubles de la mémoire, de l'attention et du jugement).

Candidates au dépistage de la consommation d'alcool durant la grossesse

La consommation d'alcool durant la grossesse est un phénomène assez répandu. Dans les enquêtes nationales, jusqu'à 11 % des femmes ont indiqué avoir bu de l'alcool à un moment ou à un autre de leur grossesse.

La plupart des femmes ont indiqué avoir bu peu souvent. Moins de 1 % ont indiqué avoir consommé plus de deux verres durant les jours où elles avaient bu (Agence de la santé publique du Canada, 2005, 2009).

Toutes les femmes en âge de procréer devraient faire l'objet de dépistages réguliers pour la consommation d'alcool, de la période préconceptionnelle à la période postnatale et tout au long de la grossesse.

Techniques et outils de dépistage

Le dépistage de la consommation d'alcool a pour but de distinguer les femmes qui ont bu de l'alcool avant de découvrir qu'elles étaient enceintes de celles qui présentent un trouble de l'usage de l'alcool (Carson et coll., 2010).

Il se peut que des questions directes sur la quantité et la fréquence de consommation d'alcool suscitent des réponses positives, mais attendez-vous à ce que les femmes enceintes nient avoir consommé de l'alcool ou minimisent leur consommation, et ce, pour diverses raisons.

Les questionnaires de dépistage peuvent permettre de détecter la consommation à risque durant la grossesse (≥ 1 oz d'alcool absolu, l'équivalent de ≥ 2 verres par jour). Une telle consommation affecte la croissance du fœtus et provoque des déficits cognitifs (Russell, 1994).

Les questionnaires TWEAK et T-ACE (ou T-NRV) sont deux outils de dépistage validés qui ont été créés pour les femmes enceintes. Ils sont d'une sensibilité pratiquement semblable (Carson et coll., 2010 ; Russell, 1994 ; Waterson et Murray-Lyon, 1989).

Un résultat positif indique le besoin d'explications plus poussées sur l'exposition prénatale à l'alcool et d'une évaluation pour trouble de l'usage de l'alcool.

Facteurs de risque de consommation d'alcool durant la grossesse

Certains facteurs accroissent la probabilité qu'une femme s'adonne à une consommation nocive d'alcool durant la grossesse (Carson et coll., 2010 ; Agence de la santé publique du Canada, 2009) :

  • consommation d'alcool au cours de l'année écoulée, en particulier une consommation hebdomadaire d'alcool excessive avant la grossesse (c'est chez les femmes de moins de 25 ans que la consommation problématique ou à risque est la plus élevée) ;
  • faible niveau de scolarité (c.-à-d., fin des études secondaires tout au plus) ;
  • usage d'autres substances psychoactives couramment associées à l'alcool, dont la cocaïne et le tabac ;
  • bas niveau socio-économique ;
  • consommation d'alcool et d'autres substances psychoactives par le compagnon de la femme enceinte ;
  • manque d'accès à des soins et services prénataux et postnataux ;
  • nutrition inadéquate ;
  • conditions de vie stressantes (p. ex., violence, antécédents de maltraitance).

Ces facteurs démographiques et psychosociaux contribuent aussi à diminuer les chances qu'une femme réduise sa consommation d'alcool durant la grossesse. Ils peuvent compromettre le succès des interventions visant à promouvoir l'abstinence d'alcool (Carson et coll., 2010).

L'outil ALPHA (Antenatal Psychosocial Health Assessment) est utile pour le dépistage des facteurs de risque psychosociaux : consommation d'alcool et d'autres substances psychoactives, violence domestique et dépression. Cet outil inclut le questionnaire CAGE, que l'on peut compléter par le questionnaire T-ACE ou le questionnaire TWEAK.

Obstacles à la détection du trouble de l'usage de l'alcool chez les femmes enceintes

Il existe divers facteurs personnels, interpersonnels, systémiques et sociétaux qui empêchent certaines femmes de révéler leur consommation d'alcool durant la grossesse (Santé Canada, 2001a).

Facteurs personnels

  • sentiment de honte et de culpabilité ;
  • stigmatisme attaché aux mères qui font une consommation abusive d'alcool et qui prennent des drogues.

Facteurs interpersonnels

  • peur de se faire enlever ses enfants par leur père ou par les services de protection de l'enfance ;
  • manque de soutien familial.

Facteurs systémiques et sociaux

  • manque de services appropriés pour les femmes enceintes ;
  • manque de services de garderie fiables.