Click here to see the meta data of this asset.

Dépistage de l’usage problématique de l’alcool chez les femmes

Importance du dépistage des problèmes liés à la consommation d'alcool chez les femmes

En ce qui a trait à la prévalence du trouble de l'usage de l'alcool, l'écart entre les sexes est en train de s'amenuiser. L'augmentation de la consommation d'alcool chez les femmes pourrait être due à l'évolution des rôles sociaux traditionnels et à des changements relatifs aux évènements qui se produisent dans une vie, aux facteurs de stress et à la psychopathologie (Ries et coll., 2014).

Dans le même temps, les prestataires de soins ne détectent que 24 % des problèmes de boisson chez les femmes, comparativement à 67 % chez les hommes (Bradley et coll., 1998). Il y a plusieurs raisons à cet état de fait :

  • Les conséquences sociales de la consommation excessive d'alcool (p. ex., perte d'emploi, difficultés financières ou démêlés avec la justice) sont moins manifestes chez les femmes que chez les hommes.
  • La stigmatisation qui s'attache à la consommation excessive d'alcool chez les femmes pourrait conduire un certain nombre d'entre elles à s'abstenir de signaler le problème.
  • En raison de l'isolement des femmes âgées, qui sont plus nombreuses à vivre seules que les hommes du même groupe d'âge, il y a moins de chances que des membres de la famille détectent des problèmes de boisson.

Or, il est très important d'effectuer un dépistage des problèmes de boisson auprès des femmes, car elles ont tendance à développer plus rapidement des troubles de l'usage de l'alcool une fois qu'elles se sont mises à boire (Finnegan, 2013).

Il existe aussi un risque que les femmes qui consomment de l'alcool avant de concevoir continuent à boire durant la grossesse.

Pathologies liées à la consommation d'alcool

Les pathologies liées à la consommation d'alcool affectent sont les mêmes chez les femmes que chez les hommes, à la différence que chez les femmes, elles peuvent se manifester avec une consommation moins élevée et progresser plus rapidement (évolution accélérée).

La différence hommes/femmes pourrait provenir du fait qu'à consommation égale, l'alcoolémie est plus élevée chez les femmes, en raison de taux enzymatiques inférieurs à ceux des hommes (p. ex., alcool déshydrogénase) et d'un plus petit volume de distribution dans les compartiments liquidiens (Ries et coll., 2014).

Certains problèmes liés à la consommation d'alcool touchent tout particulièrement ou uniquement les femmes (Centers for Disease Control and Prevention [Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies], 2014 ; Ries et coll., 2014) :

  • dépression, anxiété, suicide et troubles de l'alimentation ;
  • déminéralisation squelettique généralisée, entraînant un risque de fractures accru en cas de chute ;
  • perturbations du cycle menstruel, infertilité, maladies transmises sexuellement et grossesse non souhaitée ;
  • atteinte hépatique (cirrhose) ;
  • cardiomyopathie ;
  • dysfonctionnement cognitif (troubles de la mémoire et de l'attention) ;
  • cancer du sein (même avec une consommation modérée ; risque proportionnel à la quantité consommée).

Grossesse et consommation d'alcool

Les femmes qui consomment de l'alcool durant la grossesse s'exposent à un risque accru de fausse couche et de mortinaissance.

Les femmes qui consomment de l'alcool durant la grossesse risquent de mettre au monde un enfant atteint de troubles causés par l'alcoolisation fœtale.

Avantages du dépistage systématique

Le dépistage systématique de la consommation problématique d'alcool chez les femmes :

  • permet à un plus grand nombre de femmes présentant des problèmes de boisson de recevoir du counseling ;
  • fournit l'occasion de conseiller à toutes les femmes en âge de procréer de s'abstenir de boire lorsqu'elles essaient de concevoir ou qu'elles sont enceintes ;
  • permet de découvrir quelles sont les femmes qui sont ou ont été victimes de violence et de maltraitance, qui sont souvent la cause des problèmes de boisson (Miller et coll., 2000).

Stratégies de dépistage des problèmes liés à la consommation d'alcool chez les femmes

Pour détecter d'éventuels problèmes de consommation d'alcool, employez les stratégies de base suivantes :

  • Posez systématiquement des questions sur la consommation d'alcool, de tabac et d'autres substances psychoactives.
  • Commencez par poser des questions sur la quantité et la fréquence de consommation, ainsi que sur le nombre maximum de verres par occasion (afin de voir si les patientes s'adonnent à des beuveries).
  • Notez les affections qui pourraient indiquer des problèmes de boisson.

Outils de dépistage

La sensibilité des outils de dépistage est meilleure lorsqu'ils sont administrés dans le cadre d'une entrevue (Chang et coll., 1999 ; Sokol et coll., 1989 ; Waterson et Murray-Lyon, 1989).

Servez-vous des outils de dépistage T-ACE  et TWEAK  (ou T-NRV) pour mettre en évidence la consommation à risque durant la grossesse.

Les questionnaires TWEAK, CAGE et AUDIT sont des questionnaires d'une grande sensibilité destinés à des femmes qui ne sont pas enceintes (Bradley et coll., 1996). Le questionnaire T-ACE est plus sensible que le CAGE pour la détection des problèmes de boisson chez les femmes enceintes (Sokol et coll., 1989).

Lorsqu'on administre le questionnaire CAGE à une femme, une réponse affirmative peut indiquer un problème de boisson présent ou passé.

Pour la détection des problèmes de boisson dans toutes les populations, les questionnaires de dépistage sont supérieurs aux épreuves de laboratoire (Bradley et coll., 1998). Cela dit, si vous soupçonnez un trouble de l'usage de l'alcool, vous devrez prescrire un dosage des gamma-glutamyl transpeptidases (gamma-GT) et une analyse du volume globulaire moyen (VGM), tout en sachant que le taux de gamma-GT et le VGM ne sont pas toujours élevés et qu'un résultat négatif n'exclut pas un trouble de l'usage de l'alcool.

Résultats positifs aux épreuves de dépistage

Un résultat positif n'indique pas nécessairement l'existence d'un trouble de l'usage de l'alcool, mais il indique le besoin d'une analyse plus approfondie de la consommation d'alcool faite par la patiente.

Si une femme essaie de concevoir ou qu'elle soit enceinte, un résultat positif fournira l'occasion de parler des risques de l'exposition prénatale à l'alcool. La consommation à risque en période périconceptionnelle est définie comme la consommation de deux verres standard ou plus (Russell, 1994).