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Traitement et prise en charge de la consommation d’alcool durant la grossesse

Interventions brèves durant la grossesse

Les interventions brèves sont de courtes séances de counseling motivationnel recommandées pour les femmes enceintes qui indiquent faire une consommation d'alcool légère à modérée. Il a été montré que ces interventions aidaient les femmes à parvenir à l'abstinence ou à réduire leur consommation d'alcool durant la grossesse (Chang et coll., 2000, 2005).

Les interventions brèves sont également associées à une meilleure santé des enfants à la naissance – ce qui inclut un poids et une taille plus élevés – ainsi qu'à une réduction de la mortalité fœtale (O'Connor et Whaley, 2007).

Les interventions brèves auprès des femmes enceintes devraient comprendre les éléments suivants :

  • évaluation de la consommation d'alcool et commentaires, pour renforcer la prise de conscience ;
  • conseils portant sur la réduction de la consommation d'alcool ou son arrêt complet ;
  • assistance dans l'établissement d'objectifs – exploration de l'intérêt manifesté par la femme à l'égard d'un changement de ses habitudes de consommation d'alcool et examen des situations où il est probable qu'elle boive, avec suggestions d'alternatives à la boisson : participation à des réunions d'AA ou d'un autre groupe d'entraide, par exemple (Carson et coll., 2010 ; Chang et coll., 2000, 2005 ; O'Connor et coll., 2007 ; Rosett et coll., 1983).

Traitement de la dépendance à l'alcool chez les femmes enceintes

Pour réussir à s'abstenir d'alcool, les femmes enceintes présentant un trouble de l'usage de l'alcool ont besoin d'interventions plus énergiques et spécialisées (Carson et coll., 2010).

Chez les femmes enceintes, le traitement des problèmes de boisson devrait comporter les aspects suivants :

  • soins axés sur la personne (p. ex., participation des femmes à la planification du traitement et à l'établissement d'objectifs) ;
  • stratégie de réduction des méfaits (pour réduire les méfaits associés à la consommation d'alcool) ;
  • attitude empreinte de respect et dénuée de jugement ;
  • prise en charge complète, avec soins prénataux et counseling en matière d'alcoolisme et de toxicomanie ;
  • soins intégrés, pour réduire la fragmentation des services en favorisant leur coordination (Santé Canada, 2001a ; Milligan et coll., 2011).

Surveillance des femmes enceintes ayant des antécédents de consommation d'alcool durant la grossesse

En plus des soins prénataux de routine, les examens suivants devraient être envisagés :

  • dépistage de malformations fœtales au moyen d'une échographie détaillée de niveau 2 ;
  • suivi du développement du fœtus (à l'aide d'échographies) et de son bien-être (profil biophysique), au besoin.

Stratégies de prévention de la rechute durant la grossesse

Durant la grossesse, il est contre-indiqué de recourir à la pharmacothérapie pour la prévention de la rechute.

Un aiguillage vers un programme de traitement dispensant du counseling plus spécialisé peut aider les femmes enceintes présentant un trouble de l'usage de l'alcool à atteindre la sobriété et à rester sobres.

Prise en charge du sevrage alcoolique durant la grossesse

Les symptômes de sevrage se manifestent dans les 6 à 12 heures après que la personne a pris sa dernière consommation. Au nombre des signes et symptômes du sevrage figurent la tachycardie, l'hypertension, les nausées et vomissements, les tremblements, l'agitation, les hallucinations et les crises tonico-cloniques généralisées.

Le sevrage alcoolique peut entraîner un accouchement prématuré et d'autres effets néfastes pour la mère et le nouveau-né ; c'est pourquoi, chez les femmes enceintes alcoolo-dépendantes, le sevrage alcoolique doit être effectué en établissement, sous étroite supervision médicale.

Le Center for Substance Abuse Treatment (1993), un centre américain de traitement de la toxicomanie, recommande, pour les femmes enceintes, le protocole suivant :

  • hospitalisation pour désintoxication sous surveillance médicale ;
  • mesure de l'alcoolémie et analyse toxicologique de l'urine ;
  • injections intramusculaires de 100 mg de thiamine une fois par jour durant trois jours et prescription de 5 mg d'acide folique et d'un supplément vitaminique prénatal, à prendre quotidiennement ;
  • surveillance de l'hydratation et des électrolytes ;
  • emploi de l'échelle CIWA-Ar [link to doc in « Documents and media »] et dose de charge de benzodiazépine, avec diazépam pour le traitement symptomatique ;
  • interventions non-pharmacologiques pour pallier les carences nutritionnelles, maintenir le bien-être physique et promouvoir un repos suffisant ;
  • surveillance du bien-être du fœtus, en fonction de l'âge gestationnel ;
  • orientation éventuelle vers un programme de traitement, dans le cadre de la planification des soins après l'accouchement.

Risques associés à la consommation d'alcool durant l'allaitement

L'alcool ingéré passe dans le lait maternel dans la demi-heure ou l'heure qui suit, la concentration étant la même que dans le sang. Chez les femmes qui font une grosse consommation d'alcool, la concentration d'alcool dans le lait est d'ailleurs supérieure (Organisation mondiale de la Santé [OMS], 2014).

En raison de la lenteur du métabolisme de l'alcool et de son excrétion chez le nouveau-né, comparativement aux adultes, son cerveau est affecté par de faibles quantités d'alcool.

La consommation d'alcool (en diverses quantités) durant l'allaitement au sein a été associée à une baisse de l'écoulement de lait et à des effets dommageables pour le nourrisson : altération du développement moteur et du cycle veille-sommeil et ingestion moindre de lait, notamment (Koren, 2002 ; Little et coll., 1989 ; Mennella, 2001 ; Mennella et Gerrish, 1998 ; OMS, 2014). On ignore les effets à long terme de la consommation d'alcool durant l'allaitement au sein.

Il n'y a pas de seuil d'innocuité connu pour l'alcool dans le lait maternel.

La consommation de faibles quantités d'alcool ne devrait pas inciter les femmes à cesser l'allaitement au sein, car il est peu probable que ce type de consommation entraîne des problèmes importants. Néanmoins, après chaque verre standard, il est recommandé d'attendre environ deux heures avant de donner la tétée, le temps que l'alcool soit éliminé du lait (Koren, 2002 ; OMS, 2014).

Les femmes qui consomment de l'alcool peuvent envisager d'allaiter à moins que les risques de l'alcool pour le nouveau-né ne l'emportent sur les avantages de l'allaitement au sein. L'allaitement maternel présentant des bénéfices multiples pour le nourrisson, il faut encourager cette pratique et conseiller aux femmes de s'abstenir de consommer de l'alcool pendant l'allaitement.

Une consommation quotidienne importante d'alcool peut avoir des répercussions négatives pour le nourrisson et abréger la durée de l'allaitement. Les troubles de l'usage de l'alcool chez les femmes qui allaitent présentant un risque élevé pour le nourrisson, il est préférable de recourir à l'allaitement au biberon [OMS, 2014].

Prévention de la rechute à la suite de l'accouchement

Chez les femmes qui ont des problèmes de boisson, de nombreux facteurs peuvent déclencher une rechute durant la période suivant l'accouchement, notamment :

  • la douleur, la fatigue, le manque de sommeil et autres dérangements ;
  • le stress engendré par l'adaptation au rôle de mère et les soins constants à prodiguer au nouveau-né (en plus de la charge des autres enfants, pour certaines femmes) ;
  • l'ambivalence à l'égard du rôle de mère ;
  • le changement des relations avec le conjoint et les membres de la famille ;
  • les démêlés avec les organismes de protection de l'enfance, les tribunaux et les organismes de justice pénale ;
  • la perte, temporaire ou permanente, de la garde de l'enfant – qu'elle soit le résultat d'un choix ou d'une intervention extérieure – et la réunification à la suite de la perte temporaire de la garde de l'enfant ;
  • le sentiment de culpabilité et l'affliction liés à la maladie ou à la mort de l'enfant.

Le Center for Substance Abuse Treatment des États-Unis (2009) suggère aux cliniciens plusieurs façons d'aider les femmes à éviter une rechute :

  • Reconnaître que les femmes qui s'arrêtent de boire durant la grossesse le font pour l'enfant à naître plutôt que pour elles-mêmes.
  • Examiner avec les jeunes mères les risques, tant pour elles que pour leur enfant, de la consommation d'alcool après l'accouchement, ainsi que les avantages de la sobriété.
  • Aider les femmes enceintes à décider des mesures à prendre en vue des tentations qui ne manqueront pas d'être ravivées durant la période suivant l'accouchement.
  • Avant l'accouchement, mettre les femmes en contact avec des services de counseling pour la prévention de la rechute et leur parler des traitements pharmacologiques (p. ex., naltrexone, acamprosate) qui peuvent être instaurés après l'accouchement pour maintenir l'abstinence.